L'automobile a sa source

La remise en route d’une ancienne

Votre belle endormie, recouverte de poussière, fera prochainement sa sortie de grange où elle avait été remisée, oubliée.

L’empressement d’entendre la mélodie de son moteur et de faire les premiers tours de roues avec elle vous démange. Pourtant il vous faudra attendre !!

Vous vous dites que le moteur n’est peut-être pas bloqué. Une batterie, un peu d’essence et le tour est joué. Et bien ce n’est pas si simple… ! Voici donc comment remettre en route une voiture ancienne.

FORD Y Moteur montré tel qu'il était avant restauration

1ère étape : Changez les courroies et vidangez tous les fluides.

Vous ne connaissez pas la date de la dernière révision de ce beau véhicule historique que vous avez déniché, alors prudence ! Il se peut qu’il ait passé plusieurs étés et plusieurs hivers sous des températures extrêmes et que le temps n’ait affecté la qualité des liquides, huiles, joints, durites, courroies ou chaine de distribution.

Changer les courroies

  • Avec le temps, les courroies se durcissent et prennent la forme des poulies pour les parties en contact avec ses dernières. Leur élasticité est perdue ainsi que la tension nécessaire à l’entrainement des poulies d’alternateur ou dynamo, poulies de pompe à eau, poulie de pompe à huile, poulies de synchronisation (si ce n’est pas une chaine). Des courroies neuves et souples n’auront aucune difficulté à s’enrouler autour des différents organes entrainés.

Vidanger le moteur

Pour vidanger le moteur, il est préférable d’attendre une période estivale ou de procéder dans un local bien chauffé si votre impatience est trop forte.

Vous n’aurez pas le bout des doigts gelés dans vos gants de travail, et l’huile plus fluide s’écoule mieux lors de la vidange. Certain procède même au réchauffage du moteur à l’aide d’un décapeur thermique. MAIS, prudence ! …. L’essence n’a pas encore été totalement extraite du carburateur, et un réchauffage inégale de certaines parties pourrait générer des tensions au sein du métal du bloc moteur. Une couverture chauffante ? Bonne idée ! 

  • Il est possible que votre future voiture de collection ait été remisée avec du carburant dans le réservoir à essence et qu’il en reste même dans ce dernier tout comme dans le circuit d’alimentation, la pompe à essence, et dans le carburateur (cuve du carburateur accueillant le flotteur). Cette essence s’est oxydée avec le temps. Des particules de polymérisation et des gommes de goudrons pourraient s’être formés.

La membrane de la pompe à carburant peut être sèche et craquelée.

La partie du réservoir à l’air libre s’est peut-être oxydé également et de la rouille peut s’être détachée. Un retrait du bouchon de vidange s’impose. 

  • L’huile moteur doit être adaptée au grade prévu pour votre type de moteur. Avec l’usage et le temps, sa viscosité a très certainement diminuée et elle n’atteindra plus les interstices où elle est supposée s’immiscer, augmentant le risque de serrage, de détérioration des paliers, coussinets de vilebrequin, guides soupapes, etc…

La dernière vidange date. Cette huile usagée est peut-être fortement chargée de particules de métal libérées par le moteur.

Et si filtre à huile il y avait, des particules se sont certainement dépôsées un peu partout là où l’huile a stagné. Le remplacement du filtre est à prévoir.

  • Comme pour le moteur, la boite de vitesse, la boite de renvoi (transmission du pont arrière) et le différentiel (véhicule à 4 roues motrices, par exemple) contiennent des huiles de grade différents et dont la viscosité peut avoir changé avec le temps. La stagnation prolongée de ses huiles a certainement laissé des dépôts de particules métalliques à de nombreux endroits (et peut-être même des éclats de métal provenant de pignons usagés).
  • Le liquide de refroidissement est un mélange d’eau, qui à la fonction d’abaisser la température du moteur, d’antigel pour éviter de faire éclater le circuit de refroidissement et le moteur en cas de gel, et d’un agent anticorrosion pour éviter de la corrosion sur les parties métalliques du moteur.

Si cette dernière fonction n’est plus assurée à cause du vieillissement de cet agent, il est fort probable que votre moteur, radiateur et pompe à eau soient un peu corrodés. Des dépôts de rouille et autres particules se sont formés dans le circuit et l’augmentation d’acidité du liquide est préjudiciable aux différents organes.

Enfin, un mauvais liquide n’aura plus une bonne efficacité pour sa fonction première : l’abaissement de la température du moteur. Il en résultera une consommation en hausse et un risque de casse du bloc moteur.

  • Le liquide de frein (dans le cas d’un système de freinage hydraulique) est un liquide incompressible et résistant aux hautes températures. Lors de freinages répétitifs, les mâchoires de freins, les plaquettes de freins et les disques ou tambours de freins chauffent intensément. Cette chaleur remonte par les durites de freins et se transmet au liquide.

Selon les conditions de remisage du véhicule et en raison du vieillissement des tuyaux et raccords du système de freinage, il peut y avoir de l’humidité ou de l’air qui s’est introduit dans circuit de freinage. Des bulles de gaz peuvent se former lors de l’échauffement du liquide rendant inefficace le freinage. Il peut y avoir également des fuites.

  • Le liquide d’embrayage (pour les voitures à embrayage commandé hydrauliquement) a pratiquement les mêmes propriétés que le liquide de frein. Il peut avoir également pris l’humidité. Son efficacité réduite aura moins de conséquence sur la sécurité mais le plaisir de conduite sera moindre si vous avez des difficultés à manœuvrer la pédale d’embrayage et la boite de vitesse.
  • Le liquide du système de suspension (s’il s’agit d’une suspension hydraulique) est une huile minérale ou un liquide hydraulique synthétique comme utilisé par CITROEN sur les systèmes de suspensions hydropneumatiques. Le temps ou la perméabilité du circuit peuvent affecter les qualités des huiles, et donc compromettre la stabilité du véhicule. Il faut effectuer le remplacement pour votre sécurité.
  • Et même le liquide du lave glace (si un système existait déjà sur votre ancienne) peut-être encore présent. Il est préférable de la changer.

 Nota : faite une liste de tout ce que vous avez vidé.

Photo moteur RENAULT Monaquatre

2ème étape : Purgez, rincez et vérifiez tous les circuits.

  • Enlevez les bougies d’allumage car elles vous permettront de verser un peu d’huile neuve mélangée à du gasoil (dilution à 50%) dans les chambres de combustion. Ainsi, les segments des pistons pourront plus facilement se « décoller » sans générer d’abrasion des cylindres ou des chemises (s’il y en a). Ce phénomène de collage des segments du piston sur la chambre appelé « gommage » peut effectivement rendre difficile le déplacement des pistons.

Laissez agir pendant une nuit car l’effet n’est pas immédiat.

  • Ouvrez tous les bouchons de remplissage supérieurs afin que l’air prenne la place des liquides qui s’échapperont par en dessous.

Ne faites pas de vidange par aspiration, car il n’est pas certain que l’huile soient encore suffisamment fluide et que les dépôts être ainsi décollés.

Utilisez un liquide nettoyant pré-vidange et non une huile pénétrante de dégrippant. Ces huiles sont à utiliser que pour enlever des résidus dans des carters tel que celui du bas moteur ou des caches culbuteurs ou sur des pièces mécaniques pouvant être essuyées correctement et re-lubrifiées manuellement après nettoyage.

  • Enlevez le carter bas moteur n’est vraiment pas une mauvaise idée car non seulement cela permet de voir s’il n’y a pas de morceau de métal venant d’un élément cassé mais également d’avoir accès à la crépine. Et une crépine ancienne dont le « filtre » est constitué d’un grillage fin est souvent colmaté. Un bon nettoyage s’impose !

Un bon nettoyage de l’ensemble des éléments externes vous permettra également de repérer plus facilement d’éventuelles fuites.

  • Remontez le carter bas moteur avec un joint de culasse neuf et serrer à la clef dynamométrique. Le serrage sera à vérifier une fois le moteur bien redémarré et chaud.

Pendant que le liquide de pré-vidange est déversé par les bouchons de remplissage supérieurs, faites tourner à la main le moteur si vous en la possibilité.

Il est possible que certains paliers (ex : paliers de vilebrequin) et arbres (ex : arbres à cames) n’aient plus de lubrifiant sur leurs surfaces. Si vous avez ouvert les caches culbuteurs et enlevé le carter bas moteur, alors mettez un peu d’huile sur les surfaces avant de faire tourner les éléments mécaniques.

Etape 3 : Rincez, refermez le moteur, remplissez les circuits

  • Vidangez à nouveau tous les liquides qui ont servi au rinçage (pré-vidange, gasoil dilué, eau du circuit de refroidissement, …) et remettez de nouveaux filtres à carburant, filtre à huiles et filtre à air en place.

Pour le remplissage du liquide de freins, la procédure consiste à purger le circuit des bulles d’air en débranchant la durite à chaque frein et vider l’air en actionnant les freins en même temps (il faut être deux personnes pour cette opération). Conseil : faites appel à un mécanicien qui connait la procédure si vous n’êtes pas confiant.

  • Remplissez de nouveaux fluides moteur après avoir refermé tous les bouchons de vidange et d’avoir rebranché toutes les durites.
  • Faites à nouveau tourner le moteur à la main si possible (manivelle ou tournant une poulie).

Enfin, vos nouvelles bougies d’allumage sont posées.

Pendant que vous posiez les bougies, les fluides ont pris leur place et peut-être révélés des fuites. Vérifiez !

Etape 4 : Faites tourner le moteur, Redémarrez

  • Faites tourner le moteur à la main si possible avant de faire une tentative au démarreur.
  • Assurez-vous que votre batterie soit bien chargée.
  • Vérifiez la polarité du branchement de la batterie neuve sur le véhicule.

Certains véhicules historiques (et provenant d’un autre pays) peuvent avoir une polarité inversée (le + sur le châssis).

Les 1ères tentatives de démarrage se font « à vide », c’est-à-dire sans que le moteur ne soit alimenté en carburant (coupure d’arrivée), et donc pour tourner suffisamment vite pour que la dynamo ou l’alternateur génère une intensité suffisante à la recharge de la batterie.

N’insistez donc pas trop longtemps car vous risquez de décharger la batterie et de griller le démarreur.

  • Lancez au démarreur le moteur sans essence La pompe à huile permet d’envoyer le nouveau lubrifiant dans les circuits du moteur et la pompe à eau fera circuler le nouveau liquide de refroidissement.
  • Ouvrez le garage dans lequel vous êtes car il faut maintenant se préparer à évacuer des fumées sans doute un peu lourdes.
  • Puis alimentez le carburateur d’abord à l’aide d’une nourrice (petit flacon contenant un peu de carburant que vous attacherait en hauteur au capot).

Si l’allumage se fait bien, le moteur devrait maintenant tousser puis démarrer jusqu’à épuisement du contenu de la nourrice.

Comment savoir si l’allumage se fait bien ? Enlevez un câble d’alimentation d’une bougie et approchez le bout vers une partie métallique du bloc moteur. Vous devriez alors voir une étincelle entre le bout du câble et le métal du moteur à révolution de la tête d’allumage.

Si vous voyez l’étincelle, l’allumage est donc là. Il reste à caler son avance ou son retard.

Si vous ne voyez jamais d’étincelle, il faut alors régler le jeu des vis platinées à la tête d’allumage (aussi appelée tête Delco). Il faut se reporter au dossier technique de la voiture pour connaitre le jeu exact de ce qui porte maintenant le nom de rupteur. Mais peut-être également changer les vis elles même ou la bobine d’allumage.

Si tout cela fonctionne bien, voici la dernière chose à faire.

  • Rebranchez maintenant la durite à essence et vérifiez que la pompe à essence fonctionne bien, que le carburateur reçoit bien le précieux liquide. Sinon, faites le plein !!

Ca y est, vous êtes prêt !

Et vos pneus ?

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